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Le 8 juillet dernier, je recevais ce courrier de la présidence de la République, en réponse à mon courrier du 5 juin sur la réforme du statut d'auto-entrepreneur. Je comprends un peu plus chaque jour pourquoi j'accorde autant d'importance à l'écrit.

Un discours peut "enfumer", donner l'illusion de poser quelque chose de concret, d'être à l'écoute de son interlocuteur et de ses préoccupations, et d'y apporter une réponse. L'écrit ne permet pas de mentir. Il laisse rapidement apparaître les contradictions, le manque de clarté ou de cohérence.

Je l'ai souvent constaté dans mon activité de rédacteur de débat, qui m'amène à retranscrire les échanges d'une réunion par écrit à partir d'enregistrements audios. Combien de fois j'ai cherché la réponse à une question pourtant clairement posée...sans jamais la trouver. Parce que tout simplement, la réponse n'avait pas été donnée. Combien de fois je me suis demandée "qu'est-ce que je n'ai pas compris dans l'enregistrement", tellement les arguments invoqués ne tenaient pas ou n'avaient pas de lien avec la question.

Le courrier de l'Elysée me laisse avec ce ressenti. Les arguments à l'appui de cette réforme ne tiennent pas la route et il devient de plus en plus difficile de les défendre. De deux choses l'une :

- soit cette réforme a été très mal préparée, reposant sur des croyances, des peurs, des éléments infondés. Et sur un refus d'aller voir en profondeur les structures pour les remettre en question et les adapter au 21ème siècle;

- soit elle est destinée à satisfaire des intérêts et/ou une "idéologie politique" qui dans tous les cas, ne sont pas clairement exprimés.

A mon avis, c'est un peu des deux.

Je prends juste cet extrait : "L'instauration de ce régime n'a pas été sans soulever certaines difficultés. D'abord, il conduit trop rarement au développement pérenne des entreprises ainsi créées, puisque 5% seulement des auto-entreprises rejoignent le champ des entreprises de droit commun. En effet, au delà d'un certain niveau d'activité, le régime limite les possibilités de développement des entrepreneurs".

L'argument pérenne = créateur d'emplois pour les autres n'apparaît plus. En lieu et place, pérenne = entreprise de droit commun. Basiquement, étymologiquement, pérenne signifie permanent - durable. Mon auto-entreprise a plus de 3 ans, son CA augmente régulièrement, je diversifie chaque année un peu plus mes activités, je vis sans rien coûter à personne...mais je ne présente pas "toutes les conditions requises pour durer longtemps" (cf la définition de "durable" donnée par le CNRTL) car je ne rentre pas dans le moule. entrepreneurial traditionnel. A contrario, une ou une SàRL serait par essence pérenne, du simple fait de son statut de "droit commun".

L'autre partie de l'argumentation aussi est intéressante. Je suis "empêchée" de devenir une entreprise de droit commun donc pérenne, non plus parce que je suis en deçà d'un certain niveau d'activité, mais parce que je suis "au delà". A quel niveau est-il fait référence? Quelles sont les limites? Où est le problème? Le vrai, celui que le gouvernement identifie mais dont il ne parle pas ouvertement.

En adressant ce courrier au début de l'été, le gouvernement pensait encore surement pouvoir conduire sa réforme sans trop de problème et présenter son projet de loi à la fin de l'été. Mais il n'a convaincu personne et la mobilisation des poussins n'a pas faiblit.

Aujourd'hui, il se retrouve coincé et botte en touche. Le projet de loi présenté hier en Conseil des ministres ne parle plus du sujet qui fâche, à savoir les plafonds de chiffres d'affaire. Il renvoie la responsabilité de gérer cette épineuse question à une mission parlementaire dici la fin de l'année, pour un décret à paraître en janvier 2014...

Oui pour reprendre les termes du Monde, le gouvernement joue la montre et louvoie.

Je ne suis pas inquiète de la suite de cette réforme.Même le flou et l'incertitude dans lequel le gouvernement nous laisse depuis des mois n'arrivent pas à m'atteindre et à entamer mon envie de développer mon auto-entreprise.

Aujourd'hui je regarde juste le gouvernement se débattre dans une réforme qui ne dévoile pas ses vrais objectifs et/ou qui a été très mal préparée; et qui ne s'attaque pas aux vrais sujets et aux vrais problèmes. Je le regarde entretenir le flou, refuser de reconnaître ses erreurs et fuir ses responsabilités.

Je regarde les personnes se mobiliser, exprimer leurs réactions, leurs incompréhensions, leurs désaccords. Souvent avec beaucoup de colère mais au moins, elle s'exprime.

Je regarde l'absence d'échange et de communication claire et sincère.

Et je repense à ces mots d'un délégué syndical, entendu lors d'une réunion portant sur la fusion des plusieurs ministères :

"Nous savons très bien que dans cette opération, un des principaux objectifs est la baisse des effectifs. Ne nous racontez pas des salades par pitié. Prenez nous pour des personnes responsables et dites nous les choses en face. Nous vous dirons ce que nous en pensons, de toutes les façons nous vous le disons. Mais ce jeu de faux-semblants, pour les représentants du personnel et pour les agents, atteint des proportions, qui sont, je le redis, insupportables. Et cela fait partie de ce qui avive les craintes des agents. Car ils savent très bien, en reposant sur des choses objectives ou de manière intuitive, qu’on leur ment pour une grande partie de ce qu’on leur dit".

Mentir et passer en force, ça fonctionnait. Avant. Aujourd'hui, les gens sont de moins en moins dupes. Et ils le seront de moins en moins.

Je vous laisse avec une chanson créée et chantée par un auto-entrepreneur. Beaucoup des paroles font écho. Au delà de ça, j'aime la créativité développée par beaucoup pour communiquer "autrement".